Visage contre visage

Dans la Bible « le visage » (panim) a la même racine que « l’intériorité » (penim), le visage conduit à D.ieu. Il est la limite de mon pouvoir, il expose la liberté de l’autre qui me convoque et m’oblige. Il se rend vulnérable non pas comme un objet mais comme le sujet d’une existence qui nous transcende. Lévinas nous l’a redit après le Talmud.

On dit de Moïse qu’il parlait à Dieu « Visage contre visage (panim el panim) comme un ami parle à son ami ».

Et le Talmud dit :

« Quand commence le jour ? – Quand on peut distinguer un ami et le reconnaitre à une distance de 4 coudées (2m) »

Berakhot 9b

Autrement dit, regarder le visage d’un étranger comme un ami fait se lever le jour en notre humanité commune.
La lumière qui se difracte en couleurs sur un visage exprime la lumière de son âme.

Toute la recherche de Meïr Long est un recherche de l’intériorité spirituelle. De la même manière que le visage est le masque de l’intériorité, ce monde cache un monde plus profond et élevé que nous percevons en l’observant en le peignant.

Car, comme le dit le kabbaliste Akiva Tatz : « la Torah et le monde sont un exact reflet l’un de l’autre. La Torah est le noyau spirituel, comme un ADN, le monde en est l’expression physique » ; Donc : « Ein od milvado » : il n’est rien d’autre que Lui. Il n’y a rien en dehors de Dieu comme le dit la prière juive. « Elle n’est pas au ciel » mais sur terre.

Si D.ieu a fait le monde en regardant sa Torah c’est parce que cette Torah, non pas écrite mais orale, en est la vraie réalité. Et quel est la nature de cette Torah ? Non pas des textes écrits, mais ce sont toutes les paroles d’amour transmises par nos Sages, nos parents, nos amis qui sont la seule réalité qui traverse la mort.

De la même manière que le monde est un masque qui reflète la Torah, parole d’amour transmise et actualisée (Tradition orale et non pas un « livre »), le visage est le reflet de l’intérieur de l’âme, un chemin vers l’infini.

D.ieu est à perte de vue mais à portée de voix. Et « quand brille la Lune le plus malheureux n’est pas l’aveugle, mais le muet » dit un proverbe japonais.

La peinture comme la fabrication du michkane (Tente de la rencontre de l’Eternel au désert) par Betsalel est une des formes les plus haute de la mitsvah.

L’artiste comme l’oiseau ne saurait rester muet.